navrer


navrer

navrer [ navre ] v. tr. <conjug. : 1>
XIIe; nafrer 1080; a. nord. °nafra « percer »
1Vx Blesser. « Navrer à mort » ( ACADÉMIE ).
2(1538) Affliger profondément. attrister, consterner, désoler. Ce qui m'« a profondément attristé, humilié, si tu veux, navré est plutôt le mot » (Flaubert).
3Contrarier vivement. « leur ville me navrait. Une espèce de foire ratée... écœurante... » ( Céline). ÊTRE NAVRÉ DE, désolé, contrarié par. Il semble navré de ce contretemps. Je suis navré de vous avoir dérangé. Il est navré que vous ne l'ayez pas trouvé. « il avait l'air tout à fait navré de décevoir cette dame » (Romains). Ellipt Navré, vous faites erreur, je regrette, désolé.
⊗ CONTR. Consoler, réconforter.

navrer verbe transitif (ancien français nafrer, blesser, de l'ancien scandinave nafra, percer) Littéraire. Causer une grande douleur morale : Le spectacle des misères humaines me navre. Contrarier vivement, attrister quelqu'un : Une telle accumulation d'erreurs me navre pour vous.navrer (synonymes) verbe transitif (ancien français nafrer, blesser, de l'ancien scandinave nafra, percer) Contrarier vivement, attrister quelqu'un
Synonymes :
- déchirer
- désoler

navrer
v. tr. Affliger, causer une grande peine à. Son départ m'a profondément navré.
|| Cour. Désoler. Je suis navré, mais c'est impossible.

⇒NAVRER, verbe trans.
A.Vx. Blesser, transpercer. Madame, je ne vous compromettrai point par des flammes indiscrètes. Ce brutal de mari me navrerait sans pitié et plongerait le fer en votre blanche poitrine (GAUTIER, Fracasse, 1863, p.270).
Emploi pronom. réfl. indir. Ni blaireau, ni renard n'auroit passé sans se meurtrir ou se navrer la fine pointe de son museau (NODIER, Trésor fèves, 1833, p.53).
B.Au fig.
1. Remplir d'une profonde tristesse. C'est son coeur que j'ai navré. Ce n'est pas sa voix que j'ai suivie, mais c'est son sein que j'ai meurtri (QUINET, Ahasvérus, 1833, 4e journée, p.335). André, que ce départ navrait, debout sur la marche du wagon qui tressaillait déjà, lui cria, les yeux brillants de chagrin et d'espoir (MARTIN DU G., Devenir, 1909, p.94).
Emploi pronom. Omer se navra fort (ADAM, Enf. Aust., 1902, p.330).
2. P.exagér. Contrarier, décevoir quelqu'un:
♦ Votre étonnement était pire qu'une exigence formelle. Monsieur Tintouin, cette conduite me navre. C'est me faire payer bien cher quelques annonces parues dans votre gazette...
MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p.110.
REM. 1. Navrance, subst. fém., rare. Affliction, profonde tristesse. Je passe pour doux, je suis violent, —mais distrait! je passe pour léger d'âme; joyeux —je suis l'ennui et la navrance en personne! (GIDE, Corresp. [avec Valéry], 1891, p.125). 2. Navrure, subst. fém., rare. a) Blessure, contusion. Il devint expert aux fièvres et aux contusions, aux navrures et aux apostumes (HUGO, N.-D. Paris, 1832, p.172). b) Au fig. Tristesse profonde. Ses joues étaient mouillées (...) de vraies larmes. Sa navrure paraissait profonde, poignante, sincère (RICHEPIN, Glu, 1881, p.319).
Prononc. et Orth.:[], [na-], (il) navre [], [na:-]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1130 «blesser en transperçant ou en coupant» (Gormont et Isembart, éd. A. Bayot, 300); 2. fig. a) 1176 «atteindre quelqu'un (en parlant de l'amour)» (CHRÉTIEN DE TROYES, Cligès, éd. A. Micha, 684); b) 1538 «causer (à quelqu'un) une grande peine» (EST., s.v. perstringere); 3. part. passé a) 1562 «qui éprouve une grande affliction» (POPPE, p.260: (il) en estoyt fort navré); b) 1773 «désolé, contrarié» (D'ALEMBERT, Lettre à Voltaire, 13 mai ds LITTRÉ). Altération de l'anc. verbe nafrer, d'orig. incertaine, signifiant «blesser en transperçant ou en coupant» (ca 1100, Roland, éd. J. Bédier, 2093), att. d'abord dans les anc. textes norm. et agn. (encore «blesser; meurtrir» en norm. et dans les parlers de l'Ouest; v. FEW t.16, p.593b-594a), entré ensuite, comme terme de chevalerie, en prov. et fr.-prov. où l'on trouve nafrar à partir de la fin du XIIe s. (v. FEW t.16, p.593b). Nafrer est peut-être empr. par le norm. à l'a. nord. nafra «percer (avec une tarière)», que l'on suppose d'apr. le subst. a. nord. nafarr «tarière» (v. FEW t.16, p.595a-b), avec un glissement de sens dû prob. à une mauvaise compréhension du verbe en gallo-rom. en raison de l'absence du subst. corresp. La forme navrer, avec sonorisation de -fr- en -vr-, peut être expliquée par le passage du mot norm. au parler de Paris, où le groupe consonantique -vr- est très fréq. Le point faible de cette hyp. est que le subst. a. nord. n'a pas de représentant en gallo-rom. et, qu'au contraire, le verbe qu'exige le gallo-rom. n'existe pas en a. nord. Selon EWFS et H. MEIER, cf. infra, nafrer est issu du lat. naufragare, proprement «faire naufrage» (v. naufrager), qui a pris les sens de «gâcher, abîmer, perdre, ruiner» (VIIe-VIIIe s. ds NIERM. et Nov. Gloss.), d'où celui de «subir un dommage corporel» (fin du IXe s. ds Nov. Gloss.); cf. aussi l'a. esp. nafregar(e), navargar «désoler, détruire» (mil. du Xe s. ds COR.-PASC., s.v. nafrar), «produire une blessure au cheval» (1129, ibid.), «maltraiter» (XIIe s., ibid.) et l'a. port. ana(u)fragar (1223 ds MACH.3). L'évolution phonét. de naufragare à nafrer s'expliquerait par une réduction de naufragus (analogue à celle de rêver), ou par une formation régr. de nafregare (issu de naufragare par substitution de suff.; cf. aussi l'esp. doblar/doblegar, desdentar, desdentegar... v. COR.-PASC., loc. cit.) ou encore par l'infl. des formes verbales accentuées sur la syll. initiale (naufraga, naufragat...). V. FEW t.16, pp.593b-596b et H. MEIER, Lateinisch-romanische Etymologien, 1981, pp.114-151. Fréq. abs. littér.:151. Bbg. ALESSIO (G.). Saggio di etimologie francesi. R. Ling. rom. 1950, t.17, pp.190-191. —GOHIN 1903, p.317. —PARIS (G.). Navrer. Romania. 1872, t.1, pp.216-218.

navrer [nɑvʀe] v. tr.
ÉTYM. V. 1140; nafrer, 1080, la Chanson de Roland, « blesser »; de nafra « transpercer », en anc. nordique, selon Wartburg.
1 Vx ou archaïque. Blesser en transperçant ou en coupant.
1 (…) le boutoir d'un grand sanglier l'avait navré à la jambe, et (…) la blessure n'était point bandée.
J. Bédier, Tristan et Iseut, VII.
2 J'ai, pendant les deux guerres mondiales, eu cent et cent fois le sentiment de voir venir à moi, navré, sur un brancard, un des guerriers de Roncevaux (…)
G. Duhamel, Refuges de la lecture, II.
2 (1538). Fig. Remplir de tristesse, d'une extrême affliction. Affliger, attrister, contrister, déchirer, désoler. || Le désespoir de cette malheureuse nous navrait. || Curé navré de l'indifférence religieuse de ses paroissiens (→ Incident, cit. 3).
3 La joie innocente est la seule dont les signes flattent mon cœur. Ceux de la cruelle et moqueuse joie le navrent et l'affligent (…)
Rousseau, Rêveries…, IXe promenade.
4 Ce qui m' (…) a profondément attristé, humilié, si tu veux, navré est plutôt le mot, c'est que j' (…) ai vu (…) l'incompatibilité native de nos humeurs.
Flaubert, Correspondance, 189, 20 mars 1847.
3 Contrarier, décevoir, dégoûter. || Ce gaspillage le navre (→ Lamenter, cit. 8).
5 (…) leur ville me navrait. Une espèce de foire ratée… écœurante…
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 196.
——————
navré, ée p. p. adj.
ÉTYM. (1080, blessé).
1 (1562). Très affligé. || Figures navrées et navrantes des mécontents (→ Défilé, cit. 6). || Air de résignation navrée (→ Fourrer, cit. 5). || Répondre d'un ton navré (→ Lamentable, cit. 5). || Navré de douleur (→ Intime, cit. 1).
6 (Ce mensonge affreux) vient, jusque dans ma vieillesse, contrister encore mon cœur déjà navré de tant d'autres façons.
Rousseau, Rêveries…, IVe promenade.
7 Que d'expressions nous manquent aujourd'hui, qui étaient énergiques du temps de Corneille (…) Les affres de la mort, les angoisses d'un cœur navré n'ont point été remplacées.
Voltaire, Mélanges littéraires, Lettres à d'Olivet, 20 août 1761.
8 (…) j'en suis accablé et j'ai l'âme toute navrée d'une mélancolie confuse et infinie.
Flaubert, Correspondance, 41, 21 avril 1840.
2 (1773). Contrarié, très ennuyé. || Il semblait navré de ce contretemps.(Dans le langage de la politesse). || Je suis navré de vous avoir dérangé ( Désolé). || Navré, désolé, mais vous vous trompez.
9 (…) il avait l'air tout à fait navré de décevoir cette dame, mais sans qu'on pût saisir dans son regret un surplus d'empressement.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, XVI, p. 117.
CONTR. Consoler, réconforter. — Enchanté, heureux, satisfait.
DÉR. Navrance, navrant, navrement.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • navrer — NAVRER. v. act. Blesser, faire une grande playe. Navrer à mort. navré mortellement. Il est vieux …   Dictionnaire de l'Académie française

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  • navrer — (na vré) v. a. 1°   Blesser (peu usité en ce sens qui est le sens propre). •   Cette manière de s armer jusqu aux dents avec ses amis me paraît si cruelle, que j aime cent fois mieux me présenter nu et être navré, J. J. ROUSS. Lett. à du Peyrou,… …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

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  • consterner — [ kɔ̃stɛrne ] v. tr. <conjug. : 1> • 1355; lat. consternare « abattre » 1 ♦ Jeter brusquement dans un abattement profond. ⇒ abattre, accabler , anéantir, atterrer, désoler, navrer, stupéfier, 2. terrasser. Cette nouvelle m a consterné. P. p …   Encyclopédie Universelle

  • affliger — [ afliʒe ] v. tr. <conjug. : 3> • 1120; lat. affligere « frapper, abattre » 1 ♦ Littér. Frapper durement, accabler (d un mal, d un malheur). « Les maux qui affligent la terre » (Lamennais). Être affligé d une infirmité. Plaisant Pourvoir d… …   Encyclopédie Universelle

  • désoler — [ dezɔle ] v. tr. <conjug. : 1> • v. 1330; lat. desolare « laisser seul », d où « ravager » 1 ♦ Vx ou littér. Ruiner, transformer en solitude par des ravages. ⇒ dévaster, ravager, ruiner. « Les notices sur les fléaux qui ont désolé l… …   Encyclopédie Universelle

  • navrant — navrant, ante [ navrɑ̃, ɑ̃t ] adj. • 1787; de navrer 1 ♦ Qui navre, provoque la tristesse, le découragement. ⇒ affligeant, attristant, consternant, décourageant, désolant, pénible. « ce frisson qui vous passe dans le dos à la vue de certaines… …   Encyclopédie Universelle


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